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Bourgeons en l’air, bourgeons volants, bourgeons en suspens
C’est le printemps, chers amis. C’est le temps de se pointer le bout du nez hors de notre aquarium, ô nous poissons et crustacés croûtés de la Faculté de l’aménagement. Nos neurones — du moins celles qui nous servent encore, lentes mais fières — ont un criant besoin de grand air, de fraîcheur, de renouveau — tel un vieil érable s’éveillant péniblement de sa léthargie hivernale, s’ouvrant au soleil et respirant la vie. Inspirer pour s’inspirer — que de bien cela nous fera-t-il.
Attendons un peu. Revenons, si vous me le permettez, l’espace de quelques lignes sur ce passage que bon an, mal an, une soixantaine d’âmes franchissent dans une partie si unique et vibrante de cet aquarium. Laissez-moi vous entretenir, comme nombre de gradués de l’École de design industriel de l’Université de Montréal le font si éloquemment dans la présente parution de Poiesis, de la vie après l’ÉDIN. — Mais d’une perspective qui n’en fait toutefois preuve d’aucune, vous me le pardonnerez, puisque j’y suis encore trop collé. Après tout, cette hermétique marre du design dont nous nous lasserons jamais vraiment, abrite plusieurs trésors insoupçonnés ; j’en ferai peut-être découvrir certains aux uns — tandis que j’en rappellerai assurément aux autres.
En son sein
Notre pavillon, voisin immédiat de l’antre des Affaires et directement sous l’ombre du Phallus, nous propulse malgré lui dans un univers parallèle. C’est en ces terres — que dis-je, en ces eaux ! — que nous évoluons, que nous nous dispersons et nous abreuvons d’idées et d’idéaux, d’envies et d’ambitions.
Que dire sur nous, les étudiants, flore tenace constituant les véritables piliers de l’École ? Que (plusieurs) d’entre nous nous donnons corps et âme à faire de nos projets des réalisations aux grandiloquentes aspirations ? Non, c’est bien trop cliché. Jamais n’ai-je vécu ou senti une telle fraternité dans une institution académique — et seulement que pour cela, ces quatre années passées à chambouler les mécanismes et rouages de nos horloges corporelles — par fierté envers nos projets sans doute, mais aussi par égoïsme et non sans amour-propre — en valent largement la peine. De mon côté, j’y ai tissé des amitiés véritables qui traverseront les années comme les murs de notre pataugeuse — j’y suis même tombé amoureux d’une somptueuse jeune femme à la brune chevelure.
La concernant
Certains se plaindront que la formation que nous recevons à l’ÉDIN comporte certaines lacunes ; la plupart des critiques tournant, au fond, autour du fait que nous sommes formés en tant que designers-généralistes et que nous ne faisons qu’effleurer les différentes facettes du métier de designer sans toutefois les approfondir autant que nous le devrions. Nombreux sont les gens qui ont de sérieuses réserves par rapport à l’enseignement aussi large de la culture du design et j’en étais jadis de ceux-là. J’étais — et suis toujours — de ceux qui pensent qu’on ne peut être que généralistes — il faut pousser la note un peu, chercher plus loin, trouver le détail qui nous rendra, un peu comme le mentionnait l’ineffable Bill Buxton lors de sa conférence à l’École de design industriel1, totalement uniques au monde en tant que designers. En un mot, se spécialiser et voire même se surspécialiser sans quoi la compétition — ou le nombre — nous écrasera.
Toutefois, rendu à la quatrième année de mon programme, je me rends bien compte des bienfaits de cette pensée dite globale qui nous est professée, de l’ouverture d’esprit que nous devons faire preuve face à notre difficilement définissable profession qu’est le design. Comment être ouverts sur le monde, sur la pluralité des interventions auxquelles nous serons appelés à intervenir si l’on est fermés ou pire, ignorants de nos semblables ?
Épilogue
Bien évidemment, je ne sais trop ce que la vie me réservera le quatre mai prochain, alors que mon baccalauréat en design industriel sera déjà histoire ancienne. Mais là n’est pas la question, en partie car beaucoup de gens se la posent déjà — la rendant donc moins originale et par conséquent moins intéressante —, mais également car nous avons les connaissances et outils pour devenir des designers pertinents et uniques. Ayons confiance en notre incertitude. Trouvons-la saine et enrichissante; c’est dans l’incertitude que l’on se questionne, que l’on avance — en un mot, que l’on se dépasse !
Enfin. C’est le printemps, chers amis. Nous sommes les plus récents bourgeons à éclore des branches de l’École de design industriel, soyons-en fiers.
1. À l’occasion des Grandes conférences de l’École de design industriel, le mardi 25 mars 2008.
- Pierre-Alexandre
Poirier
- Directeur de Poiesis
Étudiant de 4e année en design industriel